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Néocannabinoïdes : les molécules qui apparaissent après chaque interdiction, comment les reconnaître, et pourquoi elles finissent toutes pareil

Mains tenant un contenant de produit de cannabis étiqueté

Photo : Cannabis Tours, CC BY-SA 4.0

Le mot n’existe pas dans les dictionnaires, mais tout le monde dans le rayon sait ce qu’il désigne : les molécules à sigle qui sont arrivées en boutique de CBD à partir de 2022, ont fait planer les clients pendant six à dix-huit mois, et ont été classées stupéfiants l’une après l’autre. HHC, HHCO, HHCP, puis H4CBD, H2CBD, THCP, THCPO, THCB, THCH, THCJD, 10-OH-HHC. Cet article explique la famille, pas les membres, pour qu’on reconnaisse le prochain quand il arrivera.

Ce que c’est

Des cannabinoïdes que la plante ne produit pas, ou seulement en trace, fabriqués en laboratoire par modification chimique d’un cannabinoïde naturel. Trois procédés couvrent presque tout : l’hydrogénation, qui ajoute des hydrogènes (THC → HHC, CBD → H4CBD) ; l’hydroxylation ou l’acétylation, qui greffe un groupe -OH ou un acétate (HHC → 10-OH-HHC, HHC → HHCO) ; et l’allongement de chaîne, qui remplace la chaîne à cinq carbones du THC par une plus longue (THC → THCP, THCH, THCJD). La matière première est presque toujours du CBD de chanvre, abondant et légal, converti en THC par cyclisation puis modifié. Le point commun de tous : ils agissent sur le récepteur CB1 comme le THC, et c’est pour ça qu’ils se vendent.

Pourquoi ils apparaissent

Parce que la liste française des stupéfiants nomme des molécules, et qu’une molécule non nommée n’est interdite qu’une fois nommée. Un fabricant qui veut vendre un effet psychoactif légal cherche dans la littérature une molécule décrite, active sur CB1 et absente des listes ; il la synthétise, l’envoie dans les boutiques de CBD, qui ont le réseau et la clientèle ; il a six à dix-huit mois avant que l’ANSM ne réagisse. Chaque interdiction relance le cycle, avec la molécule suivante déjà en stock. Le HHC a été classé le 13 juin 2023 ; le H4CBD et le THCP étaient en rayon en juillet.

Pourquoi ils finissent tous pareil

Parce que la loi prévoit qu’une substance produisant des effets comparables à un stupéfiant peut y être ajoutée, et que l’ANSM a fini par viser des familles plutôt que des noms. La décision de juin 2024 ne se contente pas de nommer dix molécules : elle décrit des structures, dérivés hydrogénés et hydroxylés du THC et du CBD, chaînes allongées, ce qui couvre une bonne part des candidats suivants avant même leur arrivée. Le cycle ralentit, sans s’arrêter tout à fait : il reste des structures non couvertes, et des fabricants qui les cherchent. L’article sur les interdictions détaille les deux décisions.

Les reconnaître

Signe CBD, CBG, CBN Néocannabinoïde
Nom Trois lettres, connu depuis des décennies Sigle à chiffres ou lettre ajoutée (H4, 10-OH, -P, -JD)
Origine Extrait de la plante Synthèse ou semi-synthèse
Effet annoncé Détente, sommeil, calme « Puissant », « intense », « qui monte », « THC légal »
Certificat d’analyse Par lot, avec le taux de la molécule Absent, ou portant sur le CBD de départ
Forme dominante Huile, fleur, infusion E-liquide, cartouche, gummy
Données humaines Nombreuses (CBD), quelques-unes (CBG, CBN) Aucune
Avenir légal Stable Classement en 6 à 18 mois

Un test en une question au vendeur : « est-ce que ça se sent ? ». Si la réponse est oui, avec un sourire, c’est un néocannabinoïde, quel que soit le nom. Le CBD ne se sent pas sur le moment ; c’est sa définition, et c’est ce qui fait qu’il est resté légal quand tout le reste est tombé.

Ce qu’ils ont fait au CBD

Beaucoup de mal, et pas seulement en image. Ils ont ramené dans les boutiques de CBD une clientèle qui cherchait à planer, puis l’ont perdue à chaque interdiction ; ils ont mis les vendeurs sous surveillance ; ils ont fourni aux opposants au CBD l’argument que « le CBD fait planer », sur la foi de produits qui n’en étaient pas. Et ils ont fait oublier ce que le CBD apporte, qui est discret et durable, au profit de ce que le THC modifié apporte, qui est immédiat et interdit. La question de savoir si le CBD est une drogue vient en bonne partie de cette confusion.

Chronologie d’une étagère, 2022-2025. Printemps 2022 : arrivée du HHC. Juin 2023 : interdiction, retrait. Juillet 2023 : H4CBD, THCP, 10-OH-HHC. Juin 2024 : interdiction, retrait. Automne 2024 : quelques essais de molécules non couvertes, vite abandonnés par les boutiques sérieuses, qui ont compris que le cycle leur coûtait plus qu’il ne rapportait. 2025 : l’étagère est revenue au CBD, au CBG et au CBN. Les clients qui restent sont ceux qui cherchaient ça depuis le début.

Ce que j’en retiens

Un néocannabinoïde est un THC déguisé, fabriqué pour occuper un vide juridique, vendu sans donnée ni analyse, et condamné à être classé. Le reconnaître tient à un signe : ça se sent. Le CBD, le CBG et le CBN ne se sentent pas, et c’est pourquoi ils sont encore là. Le dossier revient ensuite à des questions plus utiles, à commencer par le temps que met le THC à s’éliminer.

Qu'est-ce qu'un néocannabinoïde ?

Un cannabinoïde que la plante ne produit pas, fabriqué en laboratoire par modification du THC ou du CBD (hydrogénation, hydroxylation, allongement de chaîne) : HHC, H4CBD, THCP, 10-OH-HHC, THCJD… Tous agissent sur le récepteur CB1 comme le THC, et c'est pour cela qu'ils se vendaient.

Pourquoi les néocannabinoïdes sont-ils vendus dans les boutiques de CBD ?

Parce que ces boutiques ont le réseau et la clientèle, et que le vide juridique (une molécule non nommée n'est pas interdite) durait six à dix-huit mois. Chaque interdiction relançait le cycle avec la molécule suivante, jusqu'à ce que l'ANSM vise des familles entières en juin 2024.

Comment distinguer un néocannabinoïde du CBD ?

Un sigle à chiffres ou lettre ajoutée, un effet annoncé comme « puissant » ou « intense », l'absence de certificat d'analyse de la molécule, une forme d'e-liquide ou de gummy, et une réponse positive à la question « est-ce que ça se sent ? ». Le CBD ne se sent pas sur le moment.

Les néocannabinoïdes sont-ils dangereux ?

Ils n'ont aucune donnée de sécurité humaine, sont fabriqués sans norme (résidus de solvants et de catalyseurs) et dosés au jugé, surtout en e-liquide. Les centres antipoison ont relevé malaises, tachycardies et épisodes anxieux. Rien ne permet de les dire sûrs, et c'est ce qui a motivé leur classement.

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