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Le CBD est-il légal en France ? Les textes, dans l’ordre, et ce qu’ils autorisent exactement

Façade du Conseil d'État à Paris, place du Palais-Royal

Photo : Gzen92, CC BY-SA 4.0

Le CBD est légal en France. Pas « toléré », pas « en zone grise » : légal, en vertu de textes datés qu’on peut lire. La confusion vient de ce que ces textes ont changé trois fois en cinq ans, et que beaucoup de pages n’ont pas été mises à jour. Voilà l’état du droit, dans l’ordre chronologique, avec ce que chaque texte dit et ce qu’il a remplacé. Je ne suis pas juriste ; je lis les textes et je les résume, et je donne les dates pour qu’on puisse vérifier.

L’arrêt Kanavape (CJUE, 19 novembre 2020)

Deux entrepreneurs français avaient importé de République tchèque un e-liquide au CBD extrait de la plante entière, ce que la France interdisait alors. La Cour de justice de l’Union européenne a jugé que le CBD « ne constitue pas un stupéfiant » au sens de la convention unique de 1961, et qu’un État membre ne peut interdire la commercialisation d’un CBD légalement produit dans un autre État membre. C’est l’arrêt fondateur : il a rendu intenable la position française antérieure et forcé la réécriture de la réglementation.

L’arrêté du 30 décembre 2021

Le texte central, toujours en vigueur. Il autorise la culture, l’importation, l’exportation et l’utilisation industrielle et commerciale des variétés de Cannabis sativa L. inscrites au catalogue européen, pour toutes les parties de la plante, à condition que la teneur en THC ne dépasse pas 0,3 % — dans la plante et dans le produit fini. Ce seuil a remplacé l’ancien 0,2 %, aligné sur le règlement européen. Sont autorisés : les extraits, les huiles, les cosmétiques, les infusions, les e-liquides, les compléments. L’arrêté interdisait en revanche « la vente aux consommateurs de fleurs ou de feuilles brutes sous toutes leurs formes » : c’est ce point qui est tombé.

La décision du Conseil d’État (29 décembre 2022)

Saisi par des professionnels du secteur, le Conseil d’État a annulé l’interdiction de vente des fleurs et feuilles brutes, jugeant qu’elle était disproportionnée : le CBD n’ayant pas d’effet psychotrope ni de risque pour la santé publique, et les produits contenant moins de 0,3 % de THC, rien ne justifiait d’interdire cette forme plutôt que les autres. Depuis cette date, les fleurs et résines de CBD se vendent librement en France. La difficulté de distinguer à l’œil une fleur de CBD d’une fleur de cannabis, argument de l’État, n’a pas convaincu la juridiction.

Ce qui est autorisé, ce qui ne l’est pas

Autorisé Interdit
Vendre et acheter des produits de CBD (huiles, fleurs, résines, e-liquides, cosmétiques, infusions) sous 0,3 % de THC Vendre ou détenir des produits au-dessus de 0,3 % de THC
Cultiver du chanvre, pour un agriculteur, avec des semences certifiées et une déclaration Cultiver du chanvre en tant que particulier, même sans THC
Consommer du CBD, y compris en public Toute allégation thérapeutique sur un produit de CBD
Importer depuis l’UE un CBD légalement produit Le HHC, le H4CBD, le THCP et les autres dérivés de synthèse classés en 2023-2024
Ouvrir une boutique, sans licence spécifique Vendre à un mineur (usage professionnel), faire de la publicité comme pour le tabac

La seule chose qui prouve la légalité d’un produit est son certificat d’analyse : taux de THC total sous 0,3 %, avec numéro de lot, date et laboratoire. En cas de contrôle, l’avoir en photo sur son téléphone ne change rien au droit mais raccourcit beaucoup la conversation. L’article sur les taux explique comment le lire.

Ce qui n’est écrit nulle part

L’âge : aucun texte ne fixe d’âge minimum pour acheter du CBD ; les boutiques s’imposent 18 ans par convention, et l’article sur l’âge détaille. Fumer dans la rue : rien ne l’interdit, mais la police peut contrôler et faire analyser, comme l’explique l’article sur le sujet. La conduite : aucune exception pour le CBD légal, le test salivaire cherche le THC dès 1 ng/ml, et un full spectrum peut rendre positif quelques heures. Le statut alimentaire : le CBD ingéré relève du règlement européen sur les nouveaux aliments (novel food), dont les autorisations sont en cours d’instruction ; en pratique, les produits se vendent, et ce flou administratif est le seul qui persiste.

Ce qui a changé entre 2019 et aujourd’hui. 2019 : CBD extrait de la plante entière interdit en France, boutiques perquisitionnées. Novembre 2020 : la CJUE dit non. Décembre 2021 : nouvel arrêté, seuil à 0,3 %, fleurs interdites. Janvier 2022 : suspension de l’interdiction des fleurs en référé. Décembre 2022 : annulation définitive. 2023-2024 : classement des dérivés de synthèse. Depuis : stabilité. Un site qui parle encore de « vide juridique » décrit 2019.

Ce que j’en retiens

Le CBD est légal en France depuis l’arrêté du 30 décembre 2021, les fleurs depuis la décision du Conseil d’État du 29 décembre 2022, avec un seuil de 0,3 % de THC dans le produit fini et l’interdiction de toute allégation de santé. Ce qui reste flou, c’est le statut alimentaire européen ; ce qui reste interdit, c’est le THC et ses dérivés de synthèse. Le reste du dossier reprend chaque point.

Le CBD est-il légal en France en 2026 ?

Oui : l'arrêté du 30 décembre 2021 autorise toutes les parties du chanvre issu de variétés du catalogue européen, sous 0,3 % de THC dans le produit fini, et le Conseil d'État a annulé le 29 décembre 2022 l'interdiction de vente des fleurs et feuilles brutes.

Quel taux de THC est autorisé dans un produit CBD ?

0,3 % de THC total, dans la plante et dans le produit fini, depuis l'arrêté du 30 décembre 2021 qui a remplacé l'ancien seuil de 0,2 %. Seul le certificat d'analyse du lot permet de le vérifier.

Les fleurs de CBD sont-elles légales ?

Oui, depuis la décision du Conseil d'État du 29 décembre 2022, qui a annulé l'interdiction de l'arrêté de 2021 en la jugeant disproportionnée : le CBD n'a pas d'effet psychotrope et les produits restent sous 0,3 % de THC.

Qu'est-ce que l'arrêt Kanavape ?

Une décision de la Cour de justice de l'Union européenne du 19 novembre 2020 : le CBD n'est pas un stupéfiant au sens de la convention de 1961, et un État membre ne peut interdire la commercialisation d'un CBD légalement produit dans un autre État membre. C'est ce qui a forcé la réécriture de la réglementation française.

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