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Le CBD est-il une drogue ? Ce que disent l’OMS, la loi française, la pharmacologie et quatre ans de prise quotidienne

Sachet de gélules de CBD ouvert sur une table sombre, avec une feuille de chanvre

Photo : Elsa Olofsson, CC BY 2.0

La question est posée dans les deux sens. Par des gens qui ont peur d’en prendre : « c’est une drogue, non ? ». Et par des gens qui en prennent : « ma mère dit que je me drogue ». Elle a une réponse selon le droit, une selon la pharmacologie, et une selon l’usage courant du mot, et les trois disent la même chose, non, pour des raisons différentes. Je les donne dans l’ordre, puis j’explique pourquoi la question ne disparaît pas pour autant.

Selon le droit

Un stupéfiant, en France, est une substance inscrite sur une liste tenue par l’ANSM en application du code de la santé publique. Le THC y est ; le cannabis y est ; le HHC et ses successeurs y sont depuis 2023 et 2024. Le CBD n’y est pas, n’y a jamais été, et la décision de juin 2024 sur les dérivés de synthèse le mentionne pour l’en distinguer. Au niveau européen, la Cour de justice a jugé en novembre 2020 que le CBD « n’est pas un stupéfiant » au sens des conventions internationales, et qu’un État ne peut interdire sa commercialisation. Au niveau de l’ONU, le CBD n’est inscrit à aucune convention. Il est vendu en France comme un produit de consommation ordinaire, sous le seuil de 0,3 % de THC. Le dossier législation cite les textes.

Selon la pharmacologie

Une drogue, au sens où le mot inquiète, est une substance qui active le circuit de la récompense et crée une dépendance : la nicotine, l’alcool, le THC, les opiacés le font, chacun à sa façon, en augmentant la dopamine dans le noyau accumbens. Le CBD ne le fait pas. Il n’agit pas sur le récepteur CB1 comme le THC, ne libère pas de dopamine, et les études d’auto-administration chez l’animal (où l’on mesure si un animal cherche à reprendre une substance) sont négatives. En 2017, le comité d’experts de l’OMS sur la pharmacodépendance a examiné le CBD et conclu : pas de potentiel d’abus, pas de potentiel de dépendance, pas de problème de santé publique associé, et a recommandé de ne pas le classer. C’est l’avis de référence, et rien ne l’a contredit depuis. L’article sur le CBD détaille le mécanisme.

CBD THC Nicotine Alcool
Circuit de la récompense Non Oui Oui Oui
Dépendance Aucune identifiée ~9 % des usagers ~30 % ~10-15 %
Tolérance Non observée Oui Oui Oui
Syndrome de sevrage Non Oui, modéré Oui Oui, parfois grave
Psychoactif Non Oui Léger Oui
Statut en France Libre Stupéfiant Libre, taxé Libre, taxé

Selon l’usage

Ce que quatre ans de prise quotidienne m’ont appris tient en trois observations. Pas de tolérance : 15 mg font aujourd’hui ce qu’ils faisaient la première année, je n’ai jamais eu besoin d’augmenter. Pas de manque : mes semaines sans, pour vérifier, se sont passées sans irritabilité, sans envie, sans symptôme ; juste le retour des nuits d’avant. Pas de place envahissante : trois gouttes en me brossant les dents, et je n’y pense plus. Aucune de ces trois choses n’est vraie du café, que je bois aussi. C’est un point de comparaison qui remet la question à sa place.

Pour répondre à un proche inquiet, une phrase suffit : le CBD est à la plante de cannabis ce que la caféine décaféinée serait au café, si ça existait, la molécule sans l’effet qui pose problème. Et l’OMS l’a examiné en 2017 pour conclure qu’il n’y avait rien à réglementer. Si la conversation continue, montrer le certificat d’analyse avec le THC sous 0,3 % aide plus que n’importe quel argument.

Pourquoi la question revient

Trois raisons. La plante : le CBD vient du chanvre, qui ressemble au cannabis, sent comme lui, et porte le même nom latin ; l’association est immédiate, et la fleur de CBD fumée l’entretient. L’histoire récente : les néocannabinoïdes vendus sous le mot CBD entre 2022 et 2024 faisaient planer, et ils ont donné au mot une réputation qu’il n’avait pas méritée. Et le vocabulaire : « drogue » désigne aussi bien un stupéfiant qu’un médicament ou une substance quelconque ; en ce sens large, le CBD est une drogue comme la caféine, la mélatonine et le paracétamol, et la question n’a plus d’intérêt.

Ce qu’il partage quand même avec les drogues

Trois choses, pour être complète. Il interagit avec les enzymes du foie qui métabolisent beaucoup de médicaments, comme le fait le pamplemousse : question à poser au pharmacien avec un traitement. À très forte dose, il fait somnoler, ce qui n’est pas anodin au volant. Et il coûte de l’argent chaque mois, ce qui est le seul point où mon usage ressemble à une habitude : 18 € par mois, comme un abonnement. L’article sur les contre-indications traite les deux premiers points.

La conversation avec ma mère, en résumé. « Tu prends du cannabis tous les soirs ? » Non, du cannabidiol, une molécule du chanvre qui ne fait pas planer, vendue en pharmacie aussi. « Mais ça vient de la même plante. » Le pavot donne la morphine et les graines du pain aux graines de pavot ; c’est la molécule qui compte. « Et tu ne peux plus t’en passer ? » J’ai arrêté trois semaines en janvier pour voir ; rien ne s’est passé, sauf que je dormais moins bien. Elle a fini par en prendre pour son genou. Ce n’est pas un argument, c’est ma mère.

Ce que j’en retiens

Le CBD n’est pas un stupéfiant en droit, pas une substance addictive en pharmacologie, et pas une habitude qui prend de la place à l’usage. La question revient à cause de la plante, des néocannabinoïdes et du mot ; elle a une réponse claire depuis 2017, et le dossier la complète avec un lexique pour tous les mots qui l’entourent.

Le CBD est-il une drogue ?

Non, dans les deux sens qui comptent : il n'est pas un stupéfiant (absent des listes françaises, européennes et de l'ONU) et il n'active pas le circuit de la récompense ni ne crée de dépendance. L'OMS a conclu en 2017 à l'absence de potentiel d'abus et recommandé de ne pas le classer.

Le CBD est-il addictif ?

Aucune dépendance n'a été identifiée : pas de libération de dopamine, études d'auto-administration animale négatives, pas de tolérance ni de syndrome de sevrage rapportés chez les utilisateurs. L'arrêt ne provoque que le retour de l'état antérieur.

Le CBD est-il légal en France ?

Oui, comme produit de consommation courante, dès lors qu'il vient de chanvre du catalogue européen et que le produit fini titre moins de 0,3 % de THC. La Cour de justice de l'UE a jugé en 2020 que le CBD n'est pas un stupéfiant.

Quelle est la différence entre le CBD et une drogue comme le cannabis ?

Le cannabis agit par le THC, qui active le récepteur CB1 et le circuit de la récompense : ivresse, dépendance possible, tolérance. Le CBD ne se fixe pas sur CB1, n'est pas psychoactif et ne crée pas de dépendance ; il vient de la même plante, mais c'est la molécule qui compte.

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