Aller au contenu

Cultiver du chanvre en France : qui a le droit, avec quelles semences, et ce que ça implique vraiment

Moissonneuse récoltant un champ de chanvre

Photo : Aleks, CC BY-SA 3.0

La France cultive plus de 20 000 hectares de chanvre, premier rang européen, et pourtant la question « est-ce que je peux en faire pousser ? » a une réponse courte : non, sauf si tu es agriculteur. C’est le point qui surprend le plus les lecteurs, parce qu’ils achètent légalement des fleurs en boutique et supposent qu’ils peuvent légalement en produire. Voilà le cadre réel, pour ceux qui envisagent une production et pour ceux qui veulent comprendre d’où viennent les fleurs qu’ils achètent.

Qui a le droit

La culture du chanvre est réservée aux exploitants agricoles, avec trois conditions cumulatives : des semences certifiées de variétés inscrites au catalogue commun de l’Union européenne, un taux de THC inférieur à 0,3 %, et une déclaration des surfaces auprès des services agricoles, avec conservation des étiquettes de semences. Les contrôles portent sur des prélèvements en champ, avant ou pendant la floraison, et un lot au-dessus du seuil est détruit aux frais du producteur. L’arrêté du 30 décembre 2021 est le texte de référence.

Pourquoi un particulier n’a pas le droit

Parce que la loi n’autorise pas « le chanvre à moins de 0,3 % » de façon générale : elle autorise une activité agricole encadrée. Le code de la santé publique classe le cannabis comme stupéfiant et l’arrêté crée une dérogation pour les usages industriels et commerciaux, pas pour l’autoconsommation. Un pied de chanvre sur un balcon, même issu d’une graine de variété autorisée, même à 0 % de THC, relève donc de la culture de cannabis, avec les peines correspondantes décrites dans l’article sur le cannabis en France. C’est sévère, c’est l’état du droit, et c’est ce qui distingue la France de la Suisse ou de l’Italie.

Les variétés

Le catalogue européen compte plus de 70 variétés de chanvre. Les plus cultivées en France sont historiquement des variétés à fibre et à graine : Futura 75, Fedora 17, Felina 32, Santhica 27, Uso 31, Finola. Certaines, comme la Futura 75 et la Santhica 27, donnent des inflorescences exploitables pour le CBD, avec des taux de 2 à 6 % en plein champ, loin des 15 % des fleurs indoor du commerce. C’est la contrainte majeure de la filière française : les variétés autorisées ne sont pas celles qui produisent les fleurs les plus riches, et les variétés riches en CBD des catalogues suisses ou italiens ne sont pas toutes inscrites. Les inscriptions progressent, lentement. L’article sur les hybrides explique cette sélection.

Semer, récolter

Étape Période Points clés
Semis Avril-mai Sol réchauffé, 25 à 50 kg de semences par hectare pour la fibre, bien moins en densité fleurs
Croissance Mai-juillet Aucun traitement nécessaire : le chanvre étouffe les adventices et n’a quasiment pas de ravageurs
Floraison Juillet-août Période des contrôles de THC
Récolte fibre/graine Septembre Moissonneuse adaptée, la fibre use le matériel
Récolte fleurs Septembre-octobre Manuelle ou semi-manuelle, séchage lent en séchoir ventilé, 10 à 15 jours

Le chanvre est une culture sobre : pas d’irrigation en année normale dans la plupart des régions françaises, pas de produit phytosanitaire homologué ni nécessaire, et un excellent précédent cultural, qui laisse un sol propre et structuré. C’est ce qui fonde son argument environnemental, développé dans l’article sur le chanvre durable.

Pour un agriculteur qui envisage la fleur de CBD, la difficulté n’est pas la culture, c’est l’après : le séchage (un séchoir ventilé à 18-20 °C, plusieurs jours, sinon la récolte moisit), la main-d’œuvre de manucure, l’analyse par lot, et surtout la commercialisation. La fibre a des coopératives et des contrats ; la fleur de CBD demande de construire son propre débouché. Ceux qui réussissent vendent en direct ou à quelques transformateurs identifiés.

Les chiffres

Environ 1 000 à 1 500 producteurs de chanvre en France, dont une petite fraction orientée vers le CBD. Le rendement en fleurs séchées en plein champ se situe autour de 1 à 2 tonnes par hectare selon la densité et la variété, avec une part vendable en fleurs bien inférieure après tri. Les prix de vente en gros de la fleur outdoor française ont fortement baissé depuis 2021, sous l’effet de la concurrence des importations, ce qui a mis en difficulté les producteurs entrés au moment de la ruée. L’article sur la filière décrit ce mouvement.

Ce que m’a dit un producteur de l’Aube. Il fait 40 hectares de chanvre pour la fibre depuis quinze ans, et 1,5 hectare de Futura 75 destiné aux fleurs depuis 2021. Sa conclusion : « la fibre, je la vends à la coopérative sans y penser ; la fleur, je passe autant de temps à la sécher, la trier et la vendre qu’à la faire pousser ». Il continue parce que la marge reste meilleure, et parce qu’il vend en direct à des boutiques qui lui achètent la même chose chaque année.

Ce que j’en retiens

Cultiver du chanvre en France suppose un statut agricole, des semences certifiées du catalogue européen, un THC sous 0,3 % et une déclaration. Un particulier n’en a pas le droit, même à 0 % de THC. Les variétés françaises autorisées donnent des fleurs moins riches que les indoor importées, et la vraie difficulté est le séchage et le débouché. Le dossier continue avec les questions de durabilité.

Peut-on cultiver du chanvre chez soi en France ?

Non : la culture est réservée aux exploitants agricoles, avec des semences certifiées du catalogue européen, un THC sous 0,3 % et une déclaration de surfaces. Un pied sur un balcon, même à 0 % de THC, relève de la culture de cannabis.

Quelles variétés de chanvre peut-on cultiver en France ?

Celles inscrites au catalogue commun de l'Union européenne, soit plus de 70 variétés : Futura 75, Fedora 17, Felina 32, Santhica 27, Uso 31, Finola. Certaines donnent des inflorescences exploitables pour le CBD, à des taux de 2 à 6 % en plein champ.

Quel rendement pour du chanvre à CBD ?

Environ 1 à 2 tonnes de fleurs séchées par hectare en plein champ selon la variété et la densité, avec une part vendable bien inférieure après tri. Le séchage (séchoir ventilé, 10 à 15 jours) et la manucure représentent l'essentiel du travail.

Le chanvre demande-t-il des traitements ?

Non : il étouffe les adventices, n'a quasiment pas de ravageurs, se passe d'irrigation en année normale dans la plupart des régions françaises, et laisse un sol propre et structuré pour la culture suivante.

Dans le même dossier