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Bioponie, hydroponie, terre : ce que le substrat change à une fleur de CBD

Installation de culture hydroponique sous éclairage

Photo : Beeblebrox, CC BY-SA 4.0

Sur les étiquettes des fleurs indoor, on croise des mots qui ne disent rien à personne : hydro, coco, bioponie, living soil. Ce sont des substrats, c’est-à-dire des façons différentes de nourrir la plante, et elles ont des conséquences réelles sur le rendement, un peu sur le goût, et pas du tout sur la légalité. Voilà ce que chacune veut dire, et ce qu’un acheteur peut raisonnablement en conclure.

Les quatre méthodes

La terre. La plante pousse dans un substrat vivant qui contient déjà une partie de ses nutriments, libérés par l’activité microbienne. C’est lent, tolérant aux erreurs, et c’est ce que font l’outdoor et une partie de l’indoor artisanal. Les partisans lui prêtent un profil de terpènes plus riche ; c’est difficile à démontrer, et plausible.

L’hydroponie. Pas de terre : les racines baignent dans une solution nutritive, ou dans un substrat inerte (laine de roche, billes d’argile) arrosé de cette solution. Le cultivateur contrôle tout, l’azote au milligramme près, et la plante ne dépense aucune énergie à chercher sa nourriture. Résultat : croissance plus rapide, rendement supérieur de 20 à 30 %, et un contrôle total du cycle. Le reproche classique est un profil aromatique plus plat, sans que ce soit établi.

La bioponie. C’est de l’hydroponie nourrie par des intrants organiques : on remplace les sels minéraux de synthèse par des matières organiques dégradées par des micro-organismes dans la solution. On garde le rendement de l’hydro et on se rapproche des exigences du bio, ce qui permet dans certains cas une certification. C’est la méthode qui monte chez les producteurs indoor européens, et celle qu’on voit apparaître sur les étiquettes depuis deux ou trois ans.

La fibre de coco. Un substrat inerte qui se comporte entre la terre et l’hydro : il retient l’eau comme un sol mais n’apporte rien, donc tout vient de l’arrosage. Très répandu, bon compromis, et souvent vendu comme « coco » sur les fiches.

Terre Coco Hydroponie Bioponie
Nutrition Substrat vivant Solution, substrat inerte Solution minérale Solution organique
Rendement Référence +10-20 % +20-30 % Proche de l’hydro
Tolérance aux erreurs Bonne Moyenne Faible Faible
Certification bio possible Oui Selon intrants Non Parfois
Profil aromatique Réputé plus riche Bon Réputé plus plat Bon

Ce que le substrat ne change pas : le taux de THC (qui dépend de la génétique), la légalité, et l’essentiel du profil de terpènes, qui vient d’abord de la variété. Ce qu’il change vraiment : le rendement du producteur et donc le prix, et la régularité d’un lot à l’autre. Comme acheteur, c’est un renseignement sur la façon de travailler du producteur, pas un critère de qualité en soi.

Ce qui compte plus que le substrat

Trois choses, dans l’ordre. La génétique : une bonne variété en terre bat une variété médiocre en bioponie, comme l’explique l’article sur les hybrides. Le séchage et l’affinage : une récolte séchée trop vite perd ses terpènes, quelle que soit la méthode de culture, et c’est la première cause de fleurs qui sentent le foin. Et la fraîcheur : une fleur de six mois a perdu une partie de son nez, comme le rappelle l’article sur la conservation. Le substrat arrive loin derrière ces trois-là.

Et l’énergie

Toutes ces méthodes, sauf la terre en plein champ, sont des cultures indoor ou sous serre, avec le coût énergétique correspondant : lampes, ventilation, déshumidification, parfois climatisation. La bioponie est plus vertueuse que l’hydroponie sur les intrants, pas sur l’électricité. Pour l’empreinte, c’est l’outdoor qui reste sans concurrence, à un niveau de qualité différent.

Ce qu’un producteur suisse m’a expliqué. Il est passé de l’hydroponie à la bioponie en 2022, pour deux raisons : pouvoir viser une certification sur une partie de sa production, et parce que ses clients lui demandaient « du naturel ». Sur le rendement, il n’a rien perdu. Sur le goût, il dit percevoir une différence ; son laborantin, qui dose les terpènes, dit qu’elle est dans le bruit de mesure. Les deux sont de bonne foi, et c’est à peu près l’état du débat.

Ce que j’en retiens

Terre, coco, hydroponie, bioponie sont quatre façons de nourrir la plante, qui changent surtout le rendement et la régularité, et marginalement le nez. La bioponie combine le rendement de l’hydro et des intrants organiques, d’où sa montée. Comme acheteur, la génétique, le séchage et la fraîcheur comptent bien plus, et l’étiquette « bioponie » est un renseignement, pas une garantie. Le dossier continue avec la culture en plein air.

Qu'est-ce que la bioponie ?

Une culture hydroponique nourrie par des intrants organiques dégradés par des micro-organismes dans la solution nutritive, au lieu de sels minéraux de synthèse. Elle garde le rendement de l'hydroponie tout en se rapprochant des exigences du bio, ce qui permet parfois une certification.

L'hydroponie donne-t-elle de meilleures fleurs de CBD ?

Elle donne un rendement supérieur de 20 à 30 % et un contrôle total du cycle, mais elle est moins tolérante aux erreurs, et on lui reproche un profil aromatique plus plat, sans que ce soit établi. La génétique, le séchage et la fraîcheur comptent bien davantage.

Le substrat change-t-il le taux de CBD ?

Marginalement : le taux dépend d'abord de la génétique de la variété et de la conduite de la culture. Le substrat influence surtout le rendement en grammes et la régularité d'un lot à l'autre, donc le prix.

La bioponie est-elle plus écologique ?

Sur les intrants, oui : des matières organiques au lieu de sels de synthèse. Sur l'énergie, non : c'est une culture indoor ou sous serre, avec les lampes, la ventilation et la déshumidification correspondantes. Pour l'empreinte, l'outdoor reste sans concurrence.

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