La filière CBD française : combien de boutiques, quel chiffre d’affaires, qui produit, et où en est le marché après la fièvre
Photo : Benoît Prieur, CC0
Entre 2018 et 2022, des boutiques de CBD ont ouvert dans à peu près toutes les villes de France, souvent plusieurs dans la même rue, et une bonne partie a fermé depuis. C’est le cycle classique d’un marché nouveau : ruée, saturation, consolidation. Où en est-on maintenant, qui produit ce qu’on achète, et à quoi ressemble la filière derrière les vitrines vertes ? Voilà ce que j’observe, avec les ordres de grandeur que donnent les acteurs du secteur et les données publiques disponibles.
Les boutiques
Le nombre de points de vente physiques a été estimé à plus de 2 000 au pic, autour de 2021-2022, après une multiplication par dix en quelques années. Depuis, les fermetures sont nombreuses : marges laminées par la concurrence, loyers de centre-ville, et surtout l’épisode des cannabinoïdes de synthèse, qui a fait vivre certaines boutiques pendant dix-huit mois avant de disparaître du jour au lendemain, laissant des stocks invendables. Les survivantes sont celles qui avaient une vraie sélection, des clients fidèles et pas de dépendance au HHC. C’est un marché qui se professionnalise par élimination.
Où s’achète le CBD
| Canal | Ce qu’on y trouve | Tendance |
|---|---|---|
| Boutiques spécialisées | Fleurs, résines, huiles, e-liquides ; conseil | Consolidation, moins nombreuses et plus solides |
| Sites en ligne | Tout, prix plus bas, choix plus large | En croissance ; la part dominante pour les fleurs |
| Producteurs en vente directe | Fleurs et huiles de leur récolte, traçabilité courte | En croissance, profil « circuit court » |
| Pharmacies | Huiles de marques, gélules, baumes, sans THC | Stable, plus chère |
| Grande distribution, magasins bio | Infusions, cosmétiques, quelques huiles | En progression prudente |
| Bureaux de tabac | Fleurs et pré-roulés, gamme courte | Nouveau canal, en développement |
Qui produit
La France est le premier producteur européen de chanvre, avec plus de 20 000 hectares, mais l’essentiel de cette surface part dans la fibre, la graine, le bâtiment et l’alimentation animale : le chanvre destiné au CBD est une petite fraction, portée par quelques centaines de producteurs, surtout dans le Grand Est, le Centre, les Pays de la Loire et le Sud-Ouest. Une partie du CBD vendu en France reste importée, de Suisse, d’Italie, d’Espagne et d’Europe de l’Est, parce que la production nationale de fleurs à haut taux ne couvre pas la demande et que les prix importés sont plus bas. Les huiles de filière complète française existent et se paient un peu plus cher ; l’article sur la culture décrit les contraintes réglementaires qui pèsent sur les producteurs.
Le signe d’une boutique qui va durer : elle sait d’où viennent ses fleurs, elle sort l’analyse sans qu’on la demande, elle a plus de cinq variétés et moins de dix, et elle n’a jamais vendu de HHC ou en parle comme d’une erreur. Le signe inverse : un mur de bocaux sans nom de producteur, des produits « nouveaux » à sigles, et un vendeur qui parle d’effets.
Ce qui a changé le marché
- La décision du Conseil d’État de décembre 2022 sur les fleurs, qui a sécurisé le cœur du chiffre d’affaires des boutiques. Détails.
- L’épisode HHC (2022-2023), qui a détourné une partie du marché vers des produits psychoactifs, puis l’a fait s’effondrer avec l’interdiction de juin 2023.
- La baisse des prix des fleurs, sous l’effet de la concurrence en ligne et des importations : le gramme d’indoor est passé de 12-15 € à 8-10 € en quelques années.
- La professionnalisation des analyses : il y a cinq ans, obtenir un certificat de lot était difficile ; aujourd’hui, c’est un standard chez les vendeurs sérieux.
- Le statut novel food, toujours en suspens, qui reste l’épée de Damoclès des produits ingérables.
Où ça va
Trois tendances lisibles. La consolidation des points de vente, avec des enseignes structurées et des indépendants solides, et la disparition des ouvertures opportunistes. La montée des circuits courts, avec des producteurs qui vendent directement et mettent en avant l’origine, comme dans le vin ou le fromage. Et la normalisation du produit : moins de mystère, plus de fiches techniques, une clientèle plus âgée et plus féminine que celle des débuts, qui achète une huile pour dormir comme elle achèterait de la mélatonine. C’est ce que je constate dans les mails que je reçois, et c’est plutôt une bonne nouvelle.
Trois boutiques de ma ville, en cinq ans. La première a ouvert en 2019, vendu du HHC en 2022, fermé en 2023. La deuxième a ouvert en 2021 avec vingt variétés et un mur de bocaux ; elle a réduit à huit variétés, ajouté les analyses au comptoir, et elle tient. La troisième est la boutique d’un producteur du département, ouverte en 2022, qui ne vend que sa production et deux huiles d’un confrère : c’est celle où je vais. Le marché a trié à peu près comme il devait.
Ce que j’en retiens
La filière française est passée d’une ruée à une consolidation : plus de 2 000 boutiques au pic, beaucoup de fermetures depuis, un canal en ligne dominant pour les fleurs, une production nationale minoritaire mais en croissance, et un épisode HHC qui a fait le tri. Le marché se normalise, les analyses deviennent un standard, et le statut alimentaire européen reste la principale incertitude. Le dossier se termine avec le point de vue de celui qui veut y entrer : ouvrir une boutique.

Qui est Chana ?
Je suis passionnée par les bienfaits du CBD et je partage mon expertise pour vous aider à y voir plus clair. Huiles, fleurs, cosmétiques, e-liquides… je décrypte les produits, les dosages et les usages pour que vous trouviez ce qui vous convient vraiment.
Que vous cherchiez à relaxer, soulager ou simplement découvrir, je suis là pour vous guider pas à pas.
contact@rapidecbd.fr
Combien y a-t-il de boutiques de CBD en France ?
Plus de 2 000 au pic, autour de 2021-2022, après une croissance très rapide. Beaucoup ont fermé depuis, sous l'effet de la concurrence, des loyers et de l'épisode des cannabinoïdes de synthèse interdits en 2023-2024. Le marché s'est consolidé autour d'enseignes structurées et d'indépendants solides.
Le CBD vendu en France est-il français ?
En partie seulement. La France est le premier producteur européen de chanvre, mais l'essentiel des 20 000 hectares part dans la fibre, la graine et le bâtiment ; une part importante du CBD vendu est importée de Suisse, d'Italie, d'Espagne et d'Europe de l'Est. Les filières complètes françaises existent et se paient un peu plus cher.
Où acheter du CBD en France ?
En boutique spécialisée (conseil, fleurs à sentir), en ligne (choix et prix, canal dominant pour les fleurs), chez un producteur en vente directe (traçabilité courte), en pharmacie (huiles sans THC, plus chères), et désormais dans certains bureaux de tabac et magasins bio.
Le marché du CBD est-il en croissance en France ?
Le nombre de points de vente a reculé après le pic, mais le marché se normalise : clientèle plus large et plus âgée, analyses devenues standard, montée des circuits courts et de la vente en ligne. La principale incertitude reste le statut alimentaire européen des produits ingérables.
Dans le même dossier

Légalisation du cannabis en France : où en est le débat, ce que dit la loi aujourd’hui, et l’amende forfaitaire de 200 €
Le cannabis en France : l'amende forfaitaire de 200 € depuis 2020, les rapports parlementaires, les arguments des deux camps, et pourquoi…

Cannabis médical en France : les cinq indications, comment on y accède, et où en est le dispositif
Le cannabis médical en France : l'expérimentation de mars 2021, les cinq indications, les produits, le parcours du patient, et la différence…

CBD en Tunisie : la loi 52, ce qu’elle réprime, les assouplissements de 2017, et pourquoi le CBD n’y a pas de statut
La Tunisie et le cannabis : la loi 52 de 1992, la réforme de 2017 sur les circonstances atténuantes, l'absence de statut…

Le Canada six ans après la légalisation : ce que les chiffres montrent, et ce que les deux camps en tirent
Le Canada six ans après : comment fonctionne le marché, ce que les données montrent sur la consommation, les jeunes, le marché…