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Le HHC : ce que c’était, pourquoi ça a été interdit le 13 juin 2023, et ce qui l’a remplacé

Modèle 3D en boules et bâtonnets de la molécule d'hexahydrocannabinol

Photo : Mplanine, CC BY-SA 4.0

Pendant dix-huit mois, entre début 2022 et juin 2023, le HHC a été le produit le plus vendu de beaucoup de boutiques de CBD françaises. Il faisait planer, il était légal parce qu’aucun texte ne le nommait, et il a fini comme tous les produits qui reposent sur ce genre de silence : classé stupéfiant par décision de l’ANSM le 13 juin 2023. J’en parle parce qu’on me le demande encore, parce que des sites étrangers en vendent toujours, et parce que l’histoire du HHC explique tout ce qui est arrivé après.

Ce que c’est

L’hexahydrocannabinol est du THC hydrogéné : on ajoute deux atomes d’hydrogène sur la double liaison du THC, ce qui donne une molécule plus stable, à la structure très proche, qui se fixe elle aussi sur le récepteur CB1. Il a été synthétisé pour la première fois en 1944 par Roger Adams, celui qui avait isolé le CBD. La plante en produit des traces infimes ; tout le HHC du commerce était fabriqué en laboratoire, à partir de CBD de chanvre converti en THC puis hydrogéné, ou directement par hydrogénation de THC. C’est un cannabinoïde semi-synthétique, pas un extrait, quoi qu’aient dit les étiquettes.

Ce que ça faisait

Ce que fait le THC, un peu moins fort. Le HHC existe sous deux formes (9R et 9S), dont l’une est active et l’autre peu ; selon la proportion, un produit à HHC titrait entre la moitié et les trois quarts de la puissance du THC. Effets décrits : euphorie, détente, altération de la perception, appétit, et les mêmes effets indésirables, anxiété, tachycardie, troubles de la mémoire, à des doses de 10 à 25 mg. Il était vendu en fleurs pulvérisées (fleurs de CBD enrobées de HHC, à 10-30 %), en résines, en e-liquides, en gummies. L’article sur le THC décrit le mécanisme commun.

Pourquoi c’était légal, puis pas

La liste française des stupéfiants nomme des molécules ; le HHC n’y figurait pas, et ses vendeurs se sont engouffrés dans l’écart. Ce que les textes disent aussi, c’est que toute substance produisant des effets similaires peut y être ajoutée : l’ANSM a réuni les données (signalements aux centres antipoison, absence d’étude de sécurité, équivalence d’effet avec le THC) et a inscrit le HHC, le HHCO (acétate de HHC) et le HHCP sur la liste des stupéfiants le 13 juin 2023, avec effet immédiat. Depuis, la vente, l’achat, la détention et l’usage sont interdits, comme pour le cannabis. Le détail des textes est dans l’article sur les interdictions.

Des sites basés hors de France, souvent en Europe de l’Est, vendent encore du HHC et le livrent. Recevoir un colis de HHC en France est une importation de stupéfiant ; le paquet peut être ouvert par la douane et l’acheteur poursuivi. Le fait que le site soit légal dans son pays ne change rien à ce qui s’applique au destinataire.

Ce qu’on sait de ses risques

Peu, et c’est le problème : aucune étude de toxicité chez l’humain, aucune donnée sur les doses, les interactions ou les effets à long terme, et des produits fabriqués sans norme, avec des résidus de synthèse (solvants, catalyseurs métalliques utilisés pour l’hydrogénation) que personne ne mesurait. Les centres antipoison ont relevé en 2022-2023 des cas de malaises, de tachycardies et d’épisodes anxieux, surtout avec les e-liquides et les gummies, où le dosage est difficile. Rien de spécifique au HHC par rapport au THC, mais rien qui permette de le dire sûr non plus.

Ce qui a suivi

Dans les semaines qui ont suivi l’interdiction, les mêmes rayons ont accueilli le H4CBD, le THCP, le 10-OH-HHC, le THCJD, le THCB : des molécules choisies parce qu’elles n’étaient pas nommées, avec le même argumentaire. L’ANSM a mis un an de plus, et en juin 2024 elle a classé une dizaine de ces dérivés d’un coup. Le cycle a un nom, les néocannabinoïdes, et une règle : ce qui fait planer et n’est pas nommé finit par l’être.

Ce que j’ai vu en boutique, printemps 2023. Un présentoir entier de fleurs « HHC 20 % » à 12 € le gramme, devant les fleurs de CBD à 5 €, et un vendeur qui expliquait que « c’est du CBD amélioré ». C’était du THC hydrogéné pulvérisé sur du chanvre. Trois mois plus tard, le présentoir avait disparu, remplacé par du H4CBD, avec le même discours. Un an après, remplacé par du CBD. La boutique existe toujours ; les clients qui venaient pour planer sont partis ailleurs.

Ce que j’en retiens

Le HHC était du THC modifié, vendu comme du CBD, sur un vide juridique qui a duré dix-huit mois. Il est interdit depuis le 13 juin 2023, et ses successeurs depuis juin 2024. Le CBD, le CBG et le CBN n’ont jamais été concernés : ils ne font pas planer, et c’est ce qui les protège. Le dossier décrit les successeurs un par un, pour qu’on sache ce qu’on refuse.

Qu'est-ce que le HHC ?

L'hexahydrocannabinol, du THC hydrogéné, fabriqué en laboratoire à partir de CBD ou de THC. Il se fixe sur le récepteur CB1 et produit des effets proches du THC, à la moitié ou aux trois quarts de sa puissance. La plante n'en produit que des traces infimes.

Le HHC est-il légal en France ?

Non, depuis le 13 juin 2023 : l'ANSM l'a inscrit sur la liste des stupéfiants avec le HHCO et le HHCP. Vente, achat, détention et usage sont interdits, et en commander sur un site étranger constitue une importation de stupéfiant.

Quels sont les effets du HHC ?

Ceux du THC, un peu atténués : euphorie, détente, altération de la perception, appétit, et les effets indésirables associés (anxiété, tachycardie, troubles de la mémoire). Aucune étude de sécurité humaine n'a été publiée.

Qu'est-ce qui a remplacé le HHC ?

Le H4CBD, le THCP, le 10-OH-HHC, le THCJD et d'autres dérivés de synthèse non nommés dans les textes, apparus dans les semaines suivant l'interdiction. L'ANSM les a classés à leur tour en juin 2024.

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