Aller au contenu

Le système endocannabinoïde : ce que ton corps fabrique déjà, et pourquoi le CBD lui parle

Schéma de la répartition des récepteurs CB1 et CB2 dans le corps humain

Photo : Salami et al., CC BY 4.0

Le CBD ne fait rien tout seul. S’il agit, c’est parce que ton corps possède déjà un système fait pour recevoir des molécules de ce type, qu’il fabrique lui-même, en continu, depuis avant ta naissance. Ce système a été découvert en cherchant comment le cannabis agit sur le cerveau, d’où son nom : le système endocannabinoïde. Le comprendre à grands traits explique la plupart des choses qu’on lit sur le CBD, et permet de trier ce qui est plausible de ce qui ne l’est pas.

Trois pièces

Des récepteurs, d’abord. Le CB1, identifié en 1988, est surtout dans le cerveau et le système nerveux central : hippocampe (mémoire), cortex, cervelet (coordination), hypothalamus (appétit). C’est sur lui que le THC se fixe, d’où l’ivresse, les trous de mémoire et la faim. Le CB2, identifié en 1993, est surtout dans le système immunitaire, les tissus périphériques, l’intestin ; il intervient dans l’inflammation. Des messagers, ensuite : l’anandamide, découverte en 1992 et nommée d’après le mot sanskrit pour « félicité », et le 2-AG, en 1995. Ce sont les cannabinoïdes du corps, les endocannabinoïdes, fabriqués à la demande à partir de graisses membranaires, et détruits aussitôt après usage. Des enzymes, enfin, qui les fabriquent et les recyclent : la FAAH dégrade l’anandamide, la MAGL dégrade le 2-AG.

Ce qu’il régule

Le système endocannabinoïde est un régulateur, pas un moteur : il ne déclenche pas les fonctions, il en ajuste le niveau, comme un thermostat. Ses domaines, documentés par trente ans de recherche : le sommeil et le cycle veille-sommeil, l’appétit et le métabolisme, la perception de la douleur, l’humeur et la réponse au stress, la mémoire (il aide à oublier ce qui n’a plus d’utilité), la température, l’inflammation, la motricité. Une caractéristique : il fonctionne à rebours. Le neurone qui reçoit un message fabrique de l’anandamide qui remonte vers le neurone émetteur pour lui dire de se calmer. C’est un système de frein.

Une image qui aide : le système endocannabinoïde est le volume général du corps. Trop haut, on est anxieux, douloureux, insomniaque ; trop bas, apathique. Les endocannabinoïdes montent et descendent le volume selon les besoins, minute par minute. Le CBD ne touche pas au bouton lui-même ; il ralentit l’usure de la main qui le tient.

Comment le THC agit dessus

Le THC ressemble assez à l’anandamide pour se fixer directement sur le CB1, mais il y reste beaucoup plus longtemps, parce que la FAAH ne sait pas le dégrader. Résultat : un frein tiré en continu sur des circuits qui ne l’ont pas demandé, dans tout le cerveau à la fois. C’est l’ivresse, et c’est aussi la raison des effets indésirables (anxiété, mémoire) : un signal indifférencié là où le corps envoie des signaux ciblés. Les détails sont dans l’article sur le THC.

Comment le CBD agit dessus

Le CBD ne se fixe presque pas sur le CB1, et c’est pour ça qu’il ne fait pas planer. Il agit par des voies indirectes, au moins quatre bien identifiées. Il inhibe la FAAH, ce qui laisse l’anandamide plus longtemps en circulation : le corps utilise son propre cannabinoïde, là où il en a besoin. Il module le CB1 comme modulateur allostérique négatif, c’est-à-dire qu’il en réduit la sensibilité, ce qui explique qu’il tempère les effets du THC. Il active les récepteurs 5-HT1A de la sérotonine, les mêmes que certains anxiolytiques, d’où son action sur l’anxiété. Et il agit sur les récepteurs TRPV1, impliqués dans la douleur et l’inflammation. Le CBD n’est pas un cannabinoïde qui imite ; c’est un cannabinoïde qui aide le système à fonctionner avec ses propres molécules. La comparaison des deux tient dans cette différence.

Le déficit endocannabinoïde

Une hypothèse, formulée en 2004 par le neurologue Ethan Russo, propose que certaines conditions mal expliquées (migraine, fibromyalgie, syndrome de l’intestin irritable) correspondent à un système endocannabinoïde qui tourne trop bas, par manque d’anandamide ou excès d’enzymes. Elle est cohérente avec les données, pas démontrée. Je la cite parce qu’elle revient souvent dans les arguments de vente, parfois transformée en certitude : ce n’en est pas une.

Une journée de ton système, sans CBD. Le matin, l’anandamide monte avec l’activité et participe à l’appétit. Un jogging à 11 h la fait grimper nettement : la sensation d’euphorie du coureur est autant l’anandamide que l’endorphine. Une contrariété à 15 h fait monter le 2-AG dans l’amygdale, qui aide à contenir la réponse au stress. Le soir, l’anandamide participe au déclenchement du sommeil. Tout ça sans aucun produit : c’est le fonctionnement normal. Le CBD, chez quelqu’un dont ce système tourne un peu trop bas ou trop vite, remet un peu d’anandamide en circulation. Chez quelqu’un dont il tourne bien, il fait moins.

Ce que ça explique

  • Pourquoi le CBD ne marche pas pareil chez tout le monde : chacun a son tonus endocannabinoïde, et son taux d’enzymes.
  • Pourquoi l’effet se stabilise en deux à trois semaines : l’inhibition de la FAAH et le réglage du système prennent du temps.
  • Pourquoi plus n’est pas mieux : passé un point, on ne peut pas remonter l’anandamide davantage, et le CBD agit sur d’autres récepteurs, avec d’autres effets.
  • Pourquoi les animaux répondent : tous les vertébrés ont ce système, et les chiens ont même plus de CB1 dans le cervelet que nous.

Ce que j’en retiens

Ton corps fabrique ses propres cannabinoïdes et sait s’en servir. Le THC les imite grossièrement et écrase le système ; le CBD l’aide à travailler avec ce qu’il a. C’est la raison pour laquelle l’un fait planer et l’autre pas, et c’est aussi la raison des limites du CBD : il ne peut pas faire plus que ce que ton système est capable de faire. Le dossier passe ensuite les molécules une par une.

Qu'est-ce que le système endocannabinoïde ?

Un système de régulation présent chez tous les vertébrés : deux récepteurs (CB1 dans le cerveau, CB2 dans le système immunitaire), deux messagers fabriqués par le corps (anandamide, 2-AG) et des enzymes qui les recyclent. Il ajuste le sommeil, l'appétit, la douleur, l'humeur et l'inflammation.

Comment le CBD agit-il sur le système endocannabinoïde ?

Indirectement : il freine l'enzyme FAAH, ce qui laisse l'anandamide plus longtemps en circulation, il réduit la sensibilité du récepteur CB1, et il active les récepteurs de la sérotonine (5-HT1A) et TRPV1. Il ne se fixe pas directement sur CB1, contrairement au THC.

Qu'est-ce que l'anandamide ?

Le premier endocannabinoïde découvert, en 1992, nommé d'après le sanskrit « ananda », félicité. Le corps la fabrique à la demande et la détruit aussitôt ; elle participe à l'humeur, au sommeil, à l'appétit et à l'euphorie du coureur.

Le déficit endocannabinoïde existe-t-il ?

C'est une hypothèse de 2004, cohérente avec certaines observations sur la migraine, la fibromyalgie ou l'intestin irritable, mais pas démontrée. Elle est souvent présentée comme une certitude dans les arguments de vente, ce qu'elle n'est pas.

Dans le même dossier