Aller au contenu

Le CBD rend-il euphorique ? Ce qu’on ressent vraiment, et d’où vient l’idée qu’il fait planer

Trois fleurs de chanvre séchées posées sur une surface blanche

Photo : El Mono Español, CC BY-SA 4.0

« J’ai pris trois gouttes et j’ai senti une petite montée » : je reçois cette phrase toutes les semaines, avec la question qui va avec, est-ce que le CBD fait un peu planer, quand même, un peu ? Non. Pas un peu, pas quand même. Mais la phrase mérite mieux qu’un démenti, parce que ce que les gens décrivent existe, et que ça vient de quatre sources différentes, dont une seule est le CBD lui-même.

Ce que le CBD fait ressentir

Une absence. Les épaules descendent, la mâchoire se desserre, le fil des pensées ralentit. Ce n’est ni un changement de perception, ni une gaieté, ni une envie de rire ; c’est un calme, comparable à celui qui suit une longue marche ou un bain chaud. Il se remarque après coup, en constatant qu’on est moins tendu qu’une heure avant. Le mécanisme est connu : le CBD ne se fixe pas sur le récepteur CB1 qui produit l’ivresse, il agit sur la sérotonine et sur l’anandamide, deux voies qui apaisent sans altérer. La comparaison avec le THC le montre point par point.

Chez certaines personnes, ce calme s’accompagne d’une légère amélioration de l’humeur, sans doute par la sérotonine : moins de rumination, plus de disponibilité. Ce n’est pas de l’euphorie, c’est le retrait d’un frein. La différence est la même qu’entre se sentir bien parce qu’on a moins mal, et se sentir bien parce qu’on a pris quelque chose.

D’où vient la « petite montée »

Le THC en trace

Une huile full spectrum contient jusqu’à 0,3 % de THC, soit 0,1 mg par goutte : à trois gouttes, dix fois moins que la dose la plus faible ressentie, et contrée par 15 mg de CBD. Chez une personne extrêmement sensible et n’ayant jamais consommé de THC, une sensation très légère n’est pas exclue à forte dose de full spectrum (plus de 50 mg de CBD, donc 1 mg de THC), mais c’est marginal. Le broad spectrum, sans THC, permet de tester : si la « montée » disparaît, c’était la trace ; si elle reste, c’est autre chose.

Le produit qui n’était pas du CBD

Entre 2022 et 2024, beaucoup de « CBD » vendus étaient du HHC, du H4CBD ou du THCP pulvérisés sur des fleurs de chanvre, souvent avec le mot CBD sur le sachet. Ceux-là faisaient planer, et ils ont laissé dans les mémoires l’idée que le CBD aussi. Une personne qui décrit une euphorie nette avec un produit acheté à cette époque a très probablement pris un néocannabinoïde.

L’attente

Quelqu’un qui prend du CBD pour la première fois, en s’attendant à quelque chose, guette. Le premier bâillement, la première chaleur dans les joues, la première pensée qui flotte deviennent « l’effet ». L’effet placebo n’est pas une illusion, c’est une réponse réelle du corps à l’attente, et il est documenté sur le cannabis comme sur tout le reste : dans les essais contrôlés, une part des participants sous placebo décrivent une « montée ». Ça ne discrédite pas le CBD ; ça explique pourquoi la première prise est souvent la plus « forte » et pourquoi l’effet devient plus discret à mesure qu’on s’habitue, alors que la dose ne change pas.

Le contexte

Une infusion de fleurs le soir, dans un fauteuil, avec l’odeur du chanvre qui rappelle autre chose à ceux qui ont connu le cannabis : le rituel fait une partie du travail. Les anciens fumeurs le disent souvent, la fleur de CBD leur « fait quelque chose » que l’huile ne fait pas, à dose de CBD égale. C’est le geste et l’odeur, pas la molécule. L’article sur le fait de fumer du CBD en parle.

Pour savoir ce que le CBD fait chez toi, sans le bruit de l’attente : prends-le plusieurs jours de suite à la même dose, sans rien guetter, et compare en fin de semaine ton état général à celui de la semaine d’avant. Ce qui reste après ce filtre, c’est l’effet réel. Chez moi, c’est un endormissement plus rapide et des soirées moins tendues ; rien de ce que j’aurais appelé un effet la première semaine.

Ce que disent les études

Les essais contrôlés où l’on donne du CBD pur à des volontaires, jusqu’à 600 mg en une prise, ne relèvent aucun effet psychoactif mesurable : pas d’altération des tests cognitifs, pas de score sur les échelles d’ivresse, pas de modification de la perception. Ce sont ces études qui ont permis à l’OMS de conclure en 2017 que le CBD n’a pas de potentiel d’abus. La molécule ne fait pas planer à 600 mg ; elle ne fait pas planer à 15.

Le test que j’ai fait faire à un lecteur. Il décrivait « un petit high » avec son huile full spectrum à 20 %, quatre gouttes le soir. Je lui ai proposé de passer deux semaines sur une huile broad spectrum de même concentration, sans lui dire ce que j’attendais. Semaine 1 : « pareil, un petit high ». Semaine 2 : « en fait c’est plus une détente, je ne sais pas si high est le mot ». Retour au full spectrum : « pareil que le broad ». Ce qu’il appelait high était sa détente du soir, nommée avec un vocabulaire qu’il avait d’avant.

Ce que j’en retiens

Le CBD produit un calme, pas une euphorie, et les études le confirment jusqu’à des doses que personne ne prend. La « petite montée » que décrivent certains vient du THC en trace à très forte dose, d’un produit qui n’était pas du CBD, de l’attente, ou du rituel ; elle ne vient pas de la molécule. Le dossier continue avec la question voisine, le CBD est-il une drogue.

Le CBD fait-il planer ?

Non. Les essais contrôlés jusqu'à 600 mg en une prise ne relèvent aucun effet psychoactif : pas d'altération cognitive, pas de score d'ivresse. Le CBD ne se fixe pas sur le récepteur CB1 qui produit l'ivresse du THC.

Pourquoi ai-je senti un effet avec du CBD ?

Quatre causes possibles : la détente réelle du CBD, ressentie comme un « effet » la première fois ; l'attente (effet placebo, documenté) ; le rituel et l'odeur pour les anciens fumeurs ; ou un produit qui n'était pas du CBD (HHC, H4CBD, THCP, vendus sous ce nom en 2022-2024).

Le THC contenu dans l'huile de CBD peut-il faire effet ?

À 0,1 mg par goutte, il faudrait plus de 50 gouttes pour approcher une dose ressentie, avec 250 mg de CBD qui la contreraient. Chez une personne très sensible, une sensation très légère n'est pas exclue à forte dose de full spectrum ; le broad spectrum permet de vérifier.

Le CBD améliore-t-il l'humeur ?

Indirectement : en réduisant la tension et la rumination par les récepteurs de la sérotonine, il rend plus disponible. Ce n'est pas une euphorie, c'est le retrait d'un frein, et ça se remarque après coup plutôt que sur le moment.

Dans le même dossier