Aller au contenu

Rhum arrangé au CBD : pourquoi l’alcool extrait si bien, la recette, six semaines d’attente, et l’avertissement qui va avec

Rangée de bouteilles de rhum arrangé sur une étagère

Photo : Bernard Gagnon, CC BY-SA 3.0

Le CBD ne se dissout pas dans l’eau, on le répète partout sur ce site. Il se dissout en revanche très bien dans l’alcool fort, qui est d’ailleurs l’un des solvants industriels utilisés pour l’extraire. Un rhum arrangé est donc une macération efficace, et probablement la préparation maison où l’on récupère la plus grande part du CBD de la fleur. C’est aussi la recette qui demande le plus de précautions, pour des raisons qui n’ont rien à voir avec le chanvre.

Pourquoi l’alcool marche

Le cannabidiol est une molécule liposoluble, mais aussi soluble dans l’éthanol, qui est le solvant de choix de l’industrie pour l’extraction à froid. Un rhum à 40° extrait donc les cannabinoïdes et une bonne partie des terpènes, là où une infusion à l’eau ne récupère presque rien sans corps gras. Le rendement d’une macération longue est bien meilleur que celui d’une tisane : c’est ce qui rend la recette efficace, et ce qui impose de doser prudemment. L’article sur l’extraction décrit le procédé à l’échelle industrielle.

La recette

  • 70 cl de rhum agricole blanc à 40-50° (un rhum de qualité correcte, le CBD ne rattrapera rien)
  • 3 g de fleurs de CBD décarboxylées (40 minutes à 110 °C), émiettées grossièrement
  • 1 gousse de vanille fendue, 1 bâton de cannelle, quelques grains de poivre
  • 2 cuillères à soupe de sucre de canne ou de sirop de sucre (facultatif)
  • Facultatif : zeste d’orange, gingembre frais, fruits secs
  1. Décarboxyler les fleurs : sans cette étape, on extrait surtout du CBDA.
  2. Tout mettre dans un bocal à fermeture hermétique, verser le rhum, fermer.
  3. Six semaines à l’abri de la lumière, à température ambiante, en secouant une fois par semaine. Quatre semaines suffisent si on est pressé ; au-delà de deux mois, le végétal commence à donner de l’amertume.
  4. Filtrer à travers une passoire fine puis un filtre à café, sans presser. Mettre en bouteille.

Le dosage

3 g de fleur à 10 % contiennent 300 mg de CBD. L’alcool en extrait une part importante, qu’on ne peut pas mesurer chez soi ; en comptant prudemment deux tiers, on obtient environ 200 mg dans 70 cl, soit 0,3 mg par millilitre. Un verre de 4 cl contient donc autour de 12 mg de CBD, ce qui est une dose du soir tout à fait cohérente.

Quantité de fleur CBD dans 70 cl (estimé) Par verre de 4 cl
2 g à 10 % ~130 mg ~8 mg
3 g à 10 % ~200 mg ~12 mg
5 g à 10 % ~330 mg ~19 mg

Je m’en tiens à 3 g : au-delà, le goût végétal prend le dessus sur la vanille et la cannelle, et le verre devient un produit dosé plutôt qu’un rhum.

Pour ceux qui veulent le CBD sans les six semaines : quelques gouttes d’huile de CBD dans le verre au moment de servir ne fonctionnent pas bien (l’huile flotte et colle au verre). En revanche, une teinture maison, c’est-à-dire une macération concentrée de 5 g de fleur dans 10 cl d’alcool fort pendant trois semaines, donne un extrait dont quelques millilitres se mélangent parfaitement à n’importe quel cocktail. C’est la version rapide et modulable.

L’avertissement, qui n’est pas de façade

L’alcool et le CBD ont tous deux un effet sédatif, et ils s’additionnent : une étude ancienne a montré que la combinaison altère davantage les performances motrices et cognitives que l’alcool seul. Concrètement, un verre de rhum arrangé au CBD assomme plus qu’un verre de rhum ordinaire, et ce n’est pas l’effet recherché quand on cuisine. Trois conséquences pratiques : un verre, pas trois ; jamais avant de conduire, d’autant qu’une fleur full spectrum apporte aussi une trace de THC, comme le rappelle l’article sur les contrôles ; et pas d’association avec un somnifère ou un anxiolytique. C’est la seule recette du dossier où la préparation elle-même comporte un risque, et il vient de l’alcool, pas du chanvre.

Variantes

  • Vodka : plus neutre, l’extraction est aussi bonne, le goût de chanvre plus présent. Bien avec du citron et du gingembre.
  • Whisky : le tourbé s’accorde étonnamment bien au côté terreux d’une fleur à myrcène.
  • Sirop de sucre au CBD, sans alcool fort : impossible, le CBD n’y tient pas. Il faut une base grasse ou alcoolisée.
  • Version courte : la teinture décrite dans l’astuce, à doser au compte-gouttes dans un cocktail.

Mon bocal de l’hiver. 3 g de fleur outdoor à 9 %, une gousse de vanille, un bâton de cannelle, six semaines dans le placard de l’entrée. Le rhum est passé d’ambré clair à ambré foncé, avec un nez de vanille et un fond herbacé qui ressemble à une amertume de bitter. Un verre de 4 cl le samedi soir, environ 11 mg de CBD et deux unités d’alcool : c’est un plaisir, pas une prise de CBD, et je ne compte pas ce verre dans ma routine. La distinction compte.

Ce que j’en retiens

L’alcool extrait très bien le CBD : 3 g de fleur décarboxylée dans 70 cl de rhum, six semaines, filtrage, environ 12 mg par verre de 4 cl. C’est efficace, c’est bon, et c’est la seule recette du dossier qui demande un vrai avertissement, parce que l’alcool et le CBD s’additionnent : un verre, et jamais au volant. Pour une dose du soir sans alcool, la tisane fait mieux.

Comment faire un rhum arrangé au CBD ?

3 g de fleurs de CBD décarboxylées (40 minutes à 110 °C) dans 70 cl de rhum à 40-50°, avec vanille et cannelle, six semaines à l'abri de la lumière en secouant chaque semaine, puis filtrage sans presser. Environ 12 mg de CBD par verre de 4 cl.

L'alcool extrait-il bien le CBD ?

Oui, mieux que l'eau : l'éthanol est l'un des solvants utilisés industriellement pour extraire les cannabinoïdes. Une macération longue dans un alcool à 40° récupère une part importante du CBD et des terpènes de la fleur, là où une tisane sans corps gras n'extrait presque rien.

Peut-on mélanger CBD et alcool ?

Leurs effets sédatifs s'additionnent, et la combinaison altère davantage les performances motrices et cognitives que l'alcool seul. Un verre de rhum arrangé au CBD assomme plus qu'un verre ordinaire : un seul verre, jamais avant de conduire, et pas avec un somnifère ou un anxiolytique.

Peut-on mettre des gouttes d'huile de CBD dans un cocktail ?

Mal : l'huile flotte et colle au verre. Mieux vaut préparer une teinture (5 g de fleur décarboxylée dans 10 cl d'alcool fort, trois semaines), dont quelques millilitres se mélangent parfaitement à n'importe quel cocktail.

Dans le même dossier