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CBD au Maroc : la loi de 2021, la filière du Rif, et ce qui est autorisé pour qui

Champ de chanvre en culture, rangs verts denses

Photo : Ermell, CC BY-SA 4.0

Le Maroc est l’un des plus gros producteurs de cannabis au monde depuis des décennies, et c’est aussi, depuis 2021, l’un des rares pays africains à avoir organisé une filière légale. La loi 13-21 n’a pas légalisé le kif : elle a créé un cadre pour que des cultivateurs du Rif, qui produisaient illégalement depuis des générations, puissent vendre à des laboratoires et à des industriels. Pour un voyageur, ça ne change rien ; pour comprendre l’évolution du chanvre en Afrique, c’est le cas le plus instructif.

Ce que dit la loi 13-21

Adoptée en 2021 et entrée en application en 2022, elle autorise la culture, la production, la fabrication, le transport, la commercialisation, l’exportation et l’importation du cannabis à des fins médicales, pharmaceutiques et industrielles. Elle crée une agence dédiée, l’ANRAC (Agence nationale de réglementation des activités relatives au cannabis), qui délivre les licences et contrôle la filière. La culture est limitée à trois provinces du nord : Al Hoceïma, Chefchaouen et Taounate, cœur historique de la production. Les cultivateurs doivent être majeurs, résidents de ces provinces, et se regrouper en coopératives qui vendent à des sociétés de transformation agréées. L’usage récréatif reste interdit, et la loi ne l’a jamais envisagé.

Ce que ça a changé

Avant 2021 Depuis
Production entièrement illégale, destinée à l’export de résine vers l’Europe Une filière légale parallèle, destinée aux laboratoires et à l’industrie
Cultivateurs sous la menace permanente de poursuites Ceux qui entrent dans le cadre obtiennent une licence et une régularisation
Variétés locales (kif) à taux de THC variable Variétés autorisées à faible THC pour la filière légale, et travaux sur la variété locale « beldia »
Aucune traçabilité Licences, quotas, contrôles, coopératives

Les premières récoltes légales ont eu lieu à partir de 2023, avec des milliers d’autorisations délivrées et des volumes en croissance. Le pari marocain est d’orienter une partie de la production vers le CBD et le cannabis médical destinés à l’Europe, où la demande est forte et la production coûteuse. Les limites sont connues : le marché illégal reste bien plus rémunérateur à court terme pour les cultivateurs, et la transition prend du temps.

Ce qui reste interdit

Tout le reste. L’usage récréatif est un délit, comme avant : la détention et la consommation de kif ou de haschich exposent à des poursuites, y compris pour les touristes, et les contrôles existent. Il n’y a pas de boutiques de CBD au Maroc : la filière légale vend à des industriels, pas à des consommateurs, et aucun rayon de fleurs ou d’huiles n’a ouvert. La culture hors des trois provinces ou sans licence reste illégale. Et l’export se fait sous contrôle, vers des acheteurs agréés.

Pour un voyageur au Maroc : la loi de 2021 ne vous concerne pas. Ni huile de CBD dans la valise, ni achat sur place, ni « c’est légal maintenant ». Ce qui a été légalisé est une activité agricole encadrée, pas la consommation. Les propositions faites aux touristes dans certaines villes du nord relèvent toujours du marché illégal, avec les risques correspondants.

Pourquoi c’est intéressant

Parce que c’est le premier pays producteur historique à tenter de convertir une économie illégale en filière légale d’export, avec une population de cultivateurs qui compte des dizaines de milliers de familles. Le modèle est agricole et social autant que juridique : régulariser les gens autant que la plante. Sa réussite ou son échec pèsera sur les débats des pays voisins, et sur ce que l’Europe importera demain comme matière première pour son CBD. Le panorama africain replace ce cas.

Ce que ça peut changer pour nous, dans quelques années. Si la filière marocaine monte en puissance, une partie du CBD consommé en Europe pourrait venir du Rif plutôt que de Suisse, d’Italie ou de France, avec un coût de production plus bas. Pour un acheteur français, ça ne changera rien aux critères : certificat d’analyse, taux réel, résidus, origine. Les huiles françaises garderont leur argument de traçabilité courte ; le marché, lui, se déplacera peut-être.

Ce que j’en retiens

Le Maroc a légalisé en 2021 la culture du cannabis pour les usages médical, pharmaceutique et industriel, dans trois provinces du Rif, sous licence de l’ANRAC et via des coopératives. L’usage récréatif reste interdit, il n’existe pas de boutiques de CBD, et un voyageur n’est concerné par rien de tout cela. C’est une réforme agricole et sociale, à suivre pour ce qu’elle dira de la conversion des économies du cannabis. Le dossier continue avec un pays voisin qui n’a rien changé, la Tunisie.

Le cannabis est-il légal au Maroc ?

Seulement pour les usages médical, pharmaceutique et industriel, depuis la loi 13-21 de 2021 : la culture est autorisée sous licence de l'ANRAC dans trois provinces du Rif (Al Hoceïma, Chefchaouen, Taounate), via des coopératives. L'usage récréatif reste un délit.

Peut-on acheter du CBD au Maroc ?

Non : la filière légale vend à des industriels et à des laboratoires, pas à des consommateurs, et il n'existe pas de boutiques de CBD. Emporter une huile française est déconseillé, le droit local ne prévoyant pas de catégorie pour les produits à faible taux de THC destinés au public.

Qu'est-ce que l'ANRAC ?

L'Agence nationale de réglementation des activités relatives au cannabis, créée par la loi marocaine de 2021 : elle délivre les licences de culture, de transformation et d'exportation, fixe les quotas et contrôle la filière légale.

La légalisation marocaine a-t-elle fait reculer le marché illégal ?

Pas encore de façon décisive : les premières récoltes légales datent de 2023, les volumes croissent, mais le marché illégal reste plus rémunérateur à court terme pour les cultivateurs. La conversion d'une économie illégale ancienne prend des années, et c'est l'enjeu principal de la réforme.

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