Cannabis, CBD et fertilité masculine : ce que les études disent du THC sur les spermatozoïdes, et ce qu’on ignore du CBD
Photo : Shixart1985, CC BY 2.0
C’est un sujet où le CBD n’est pas le personnage principal : ce qui a des données, c’est le cannabis, donc le THC, et elles ne sont pas bonnes pour les spermatozoïdes. Sur le CBD seul, on ne sait presque rien chez l’humain, et un peu chez l’animal, ce qui suffit pour donner un conseil de prudence à qui a un projet de grossesse. Je traite ce sujet parce qu’on me le demande, souvent par des hommes en parcours de PMA qui prennent du CBD et se demandent si ça compte. Voilà ce qu’on sait, et ce qu’on ne sait pas.
Ce que le cannabis fait aux spermatozoïdes
Les testicules sont riches en récepteurs CB1 et CB2, et le système endocannabinoïde participe à la spermatogenèse, à la mobilité et à la capacité de fécondation ; un cannabinoïde extérieur y interfère. Les études humaines vont presque toutes dans le même sens :
- 2015, Danemark : 1 215 jeunes hommes ; ceux qui fumaient du cannabis plus d’une fois par semaine avaient une concentration de spermatozoïdes inférieure de 28 % et un nombre total inférieur de 29 % ; l’effet était plus marqué avec d’autres drogues.
- 2019, États-Unis : une étude sur des hommes consultant en fertilité a trouvé, à l’inverse, une concentration plus élevée chez les anciens fumeurs de cannabis que chez ceux qui n’en avaient jamais fumé, résultat inattendu que les auteurs eux-mêmes relient peut-être à des différences de testostérone, et qui n’a pas été confirmé.
- Revues (2019, 2021) : association entre usage régulier de cannabis et baisse de la concentration, de la mobilité et de la proportion de formes normales, avec des modifications épigénétiques de l’ADN des spermatozoïdes ; effets dose-dépendants, et données insuffisantes sur la fertilité réelle (les grossesses obtenues).
Bilan : le THC régulier abîme les paramètres du sperme, de façon dose-dépendante et probablement réversible à l’arrêt, le cycle de la spermatogenèse durant environ 74 jours. Le lien avec la capacité réelle à concevoir est moins net, mais un homme en parcours de PMA n’a aucune raison de tenter le coup. L’article sur le THC décrit son action sur CB1.
Ce qu’on sait du CBD
Chez l’humain : rien de spécifique. Aucune étude n’a mesuré les paramètres du sperme chez des utilisateurs de CBD seul. Chez l’animal : des travaux sur la souris et le singe, à fortes doses de CBD (15 à 30 mg/kg par jour pendant des semaines, soit un à deux grammes par jour pour un homme), ont montré une baisse de la testostérone, des altérations de la spermatogenèse et de la mobilité, parfois réversibles à l’arrêt ; d’autres études animales ne montrent rien à doses plus faibles. Les doses courantes, 15 à 50 mg par jour, sont vingt à cent fois plus basses que celles des études qui trouvent un effet. On ne sait pas ce que ça donne à ces doses, et c’est la réponse honnête : pas de donnée, pas de conclusion, dans un sens ni dans l’autre.
Ce que ça implique
| Situation | Cannabis (THC) | CBD seul |
|---|---|---|
| Pas de projet de grossesse | Question de santé générale | Aucune raison spécifique de s’inquiéter |
| Projet de grossesse dans l’année | Arrêt, trois mois avant au moins (durée de la spermatogenèse) | Prudence : dose basse, ou pause, faute de donnée |
| Parcours de PMA | Arrêt, et le dire à l’équipe | Pause raisonnable, et en parler à l’équipe, qui n’aura pas plus de donnée mais préférera savoir |
| Spermogramme anormal | Arrêt, contrôle après trois mois | Pause pour éliminer la variable, contrôle après trois mois |
Une huile full spectrum apporte, en plus, une trace de THC : négligeable pour la plupart des usages, elle est une variable de plus dans un parcours de PMA, et le broad spectrum ou la pause la supprime. L’article sur les contre-indications ne classe pas la fertilité masculine parmi les contre-indications, parce qu’on n’a pas de donnée pour le faire ; il classe la prudence comme raisonnable.
Trois mois : c’est le chiffre à retenir. Les spermatozoïdes mettent environ 74 jours à se former, plus une dizaine de jours de maturation ; un changement (arrêt du THC, pause de CBD, arrêt du tabac, de l’alcool, du sauna) se lit sur un spermogramme trois mois plus tard, pas avant. Un homme qui veut savoir si son CBD compte fait une pause de trois mois et compare deux spermogrammes ; c’est le seul test qui vaille, et il est individuel.
Ce qui compte plus que le CBD
Pour la fertilité masculine, les facteurs qui ont des données solides : le tabac (effet net et réversible), l’alcool en quantité, le surpoids, la chaleur (sauna, ordinateur sur les genoux, sous-vêtements serrés), certains médicaments (testostérone, anabolisants, quelques antidépresseurs), l’âge, et le cannabis régulier. Le CBD à doses courantes n’est pas dans cette liste, faute de donnée ; il n’est pas non plus dans la liste de ce qui est sûr. Dans un parcours où chaque variable compte, la pause est la réponse simple, et elle ne coûte rien.
Un lecteur, 36 ans, PMA en cours, 20 mg de CBD le soir depuis deux ans. Il m’a demandé si ça pouvait « expliquer » un spermogramme moyen. Je lui ai répondu qu’on n’en savait rien, que les doses animales qui montrent un effet sont cent fois la sienne, mais que dans un parcours de PMA, la pause de trois mois était la seule façon de le savoir et ne lui coûtait qu’un peu de sommeil. Il a fait la pause, remplacé le CBD par la routine de sommeil, et son spermogramme suivant était identique. Il a repris le CBD après le transfert, avec l’accord de son urologue, qui a trouvé la démarche raisonnable et n’avait pas plus de donnée que moi.
Ce que j’en retiens
Le cannabis régulier abîme les paramètres du sperme, de façon dose-dépendante et probablement réversible en trois mois ; le CBD seul n’a pas de donnée humaine, et des données animales à des doses cent fois supérieures. Sans projet de grossesse, aucune raison de s’inquiéter ; avec, la prudence est une pause de trois mois, qui permet aussi de savoir. C’est le dernier article du dossier bien-être, et l’un des rares où la réponse honnête est « on ne sait pas », dite sans détour.

Qui est Chana ?
Je suis passionnée par les bienfaits du CBD et je partage mon expertise pour vous aider à y voir plus clair. Huiles, fleurs, cosmétiques, e-liquides… je décrypte les produits, les dosages et les usages pour que vous trouviez ce qui vous convient vraiment.
Que vous cherchiez à relaxer, soulager ou simplement découvrir, je suis là pour vous guider pas à pas.
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Le cannabis réduit-il la fertilité masculine ?
L'usage régulier de THC est associé, dans la plupart des études, à une concentration, une mobilité et une proportion de formes normales des spermatozoïdes plus faibles, de façon dose-dépendante (étude danoise de 2015 : 28 % de concentration en moins chez les fumeurs hebdomadaires). L'effet est probablement réversible en trois mois, la durée de la spermatogenèse.
Le CBD affecte-t-il les spermatozoïdes ?
Aucune donnée humaine. Chez l'animal, des effets sur la testostérone et la spermatogenèse apparaissent à des doses de 15 à 30 mg/kg par jour, soit cent fois les doses courantes ; rien à doses plus faibles. On ne sait pas, dans un sens ni dans l'autre.
Faut-il arrêter le CBD pendant une PMA ?
Faute de donnée, une pause de trois mois est la réponse prudente et la seule façon de savoir si le CBD compte pour soi (deux spermogrammes à comparer). Le broad spectrum supprime au moins la trace de THC. En parler à l'équipe, qui préférera savoir.
Combien de temps avant une conception faut-il arrêter le cannabis ?
Au moins trois mois : les spermatozoïdes mettent environ 74 jours à se former plus une dizaine de jours à maturer, et un spermogramme reflète les trois mois précédents. Le tabac, l'alcool en quantité et la chaleur suivent le même délai.
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